Bien-Voeu-Nue aux Sources, Suite – #5

ublication réalisée en relation avec Louka et Phil dans le cadre du projet « La Femme des Et-Sens-Si-Elle » une série qui a commencé au Printemps: Le Billet Frère et Soeur est ici: www.filimages.com

Hymne à Hathor

Qu’elle est belle! La dorée est fleurie!
La dorée est fleurie, brillante, toute en fleur!
Pour toi le ciel et les étoiles frappent le tambourin,
le soleil et la lune te louent, les dieux te glorifient,
les déesses entonnent des hymnes.
Qu’elle est belle! La dorée est fleurie!
La dorée est fleurie, brillante, toute en fleur!
Pour toi chante toute la terre pour toi danse tout ce qui vit.
Le Double-Pays et les nations te glorifient dans le ciel jusqu’à l’horizon.
Qu’elle est belle! La dorée est fleurie!
La dorée est fleurie, brillante, toute en fleur!
Aton dans sa course, la mer entière pour toi frappent le tambourin.
Les Grecs célèbrent tes louanges, les étrangers sont pour toi remplis de joie.
Qu’elle est belle! La dorée est fleurie!
La dorée est fleurie, brillante, toute en fleur!
Les hommes et les femmes pour toi frappent le tambourin.
Les dieux puissants dansent pour toi, toute l’Égypte te glorifie,
les deux déesses font tes louanges.

(…)

Le Songe des Salles d’Amenti

Après m’être endormi dans ton ventre dans des parfums et en ayant accédé à la Porte Dorée par la porte de l’image lumineuse rayonnante et radieuse de ton utérus d’Or je suis entré dans tes Eaux, je suis venu en ton bassin pour me lover, tel que tu m’y a guidé en allant ensemble dans le Sommeil…

Dans la nuit tu as fait de moi le Gardien que je suis, tu as fait de moi le Messager que je suis et tu as fait de moi celui qui est allé dans la forêt et sur la terre à la recherche et à l’identification des accès aux salles d’Amenti. C’est de ma présence en tes Eaux et en ta Chair, en tes fibres que s’est réalisée cette action. De Cet Egrégore enfanté par Notre Union, je suis allé….

Alors j’ai trouvé dans la forêt, à la surface de la terre autant d’entrées à ces Salles, autant d’entrées, en autant de Vulves, de Vulves Naturelles en autant d’Entrées et d’accès aux Salles, en faible nombre, certes, mais aux apparences Fantastiques apparaissant devant mes pas guidés par l’énergie même de Notre Union si féconde, ce Féminin rayonnant. L’entrée à ses Salles d’Amenti se présente toujours sur un flanc de Tumulus Naturel. De manière comme guidé par un Flux intuitif, j’ai commencé à orner et à Parer selon des gestes instinctifs chacune des entrées de chaque Salle en autant de Vulves naturellement offertes de leurs ouvertures vers ces Gouffres terrestres et en autant de sexes féminins de par leurs formes dans cet environnement de rondeurs naturelles de Terre-Mère… J’ai senti en moi alors cette action se réaliser d’accomplir l’acte d’orner d’éléments naturels environnants et c’est alors de longues et méticuleuses Cueillettes Sacrées qui ont commencé une somptueuse Cueillette de branches naturelles, de bois divers, de fleurs, de rameaux. J’ai réalisés ces ostentatoires parures pour identifier et Visualiser une à une ces Entrées, pour Honorer ces Lieux, pour les révéler aux Regards des Êtres guidés là… pour les identifier en autant d’accès à ces salles, à ces Chambres de Régénération qu’elles représentent et logées en terre Mère où nous voilà réunis…

Henri et le Songe des Salles d’Amenti (Mars 2019)

(…)

Je suis celle qui possède la rame dans la barque du commandement.
La souveraine de vie,
Guide de la lumière sur les belles routes,
Je suis celle qui fixe les câbles devant les gouvernails, sur les routes de l’Occident,
Je suis la Troisième,
La souveraine de brillance,
Celle qui guide le grand qui est épuisé sur les routes des éveillés.
Je suis celle qui possède la splendeur sur les routes du ciel nuageux.
Je suis celle qui possède les vents dans l’île de la joie, Je suis celle qui possède des avirons,
Qui guide ceux qui sont dans leurs cavernes,
Je suis Hathor,
Souveraine du ciel du nord,
Qui fixe les câbles des éveillés,
Je suis une place de quiétude pour celui qui pratique la justesse.
Un bac pour ses élus,
Celle qui crée la barque pour traverser le juste. »

(…)

Extrait de l’hymne à Hathor-Nekhbet,

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Le Songe, Les Oiseaux, Le texte de J-27

Ô Ma Sœur,

 Ô Me Chérie,

 J’ai été là toute la Nuit,

 Autour et au dessus de Toi,

 Dans ta Grotte Ciel de ton Loin Pays,

 Alors, le carré de la charpente,

 Me permet,

 De rejoindre au plus près,

 Ces compagnons aux plumes si jolies, brillantes pour certaines,

 Qui à présent et de par ton assentiment,

 Me considèrent des leurs,

 C’est un honneur,

 De pouvoir ainsi être si près de ton Corps et de ton être,

 Et de laisser ces rêves,

 S’épanouir dans la nuit,

 Je suis celui et le seul qui capte alors,

 Chacun de tes Parfums,

 Qu’exhale ton être et ta Chair,

 Ces compagnons Oiseaux,

 Écoutent mon message,

 Que tu as demandé que je leur transmette,

 À propos de ta Guérison,

 Ils se sont alors rapprochés,

 J’ai vu qu’ils se réunissent,

 Le plus Grand des Oiseaux vient de s’envoler,

 Il s’est passé quelque chose,

 Je me retire doucement ma Chérie,

 Dans ce Secret de la Nuit,

 Tu sens tellement bon, tu es si jolie,

 Je viens juste, entre les draps, pour aller là où tu sais,

 De mon visage et de mes mains, de mes doigts et de ma langue,

 De ma bouche et de mes souffles,

 Ta Chair me manquait trop,

 Alors je suis venu,

 Avant de repartir,

 Pour cueillir,

 Secrets, Saveurs, humeurs et Parfums,

 Te lécher secrètement

 Je t’aime Reine-Fleur, je t’aime,

 Ton,

 Henri

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Épistolaires…..

La réaction, complémentaire de S….. me fait réagir une nouvelle fois, à votre post, Chère Ma-Dame….,

pour venir dire, exprimer et écrire que cette abondance d’écrit, d’écriture,

que j’évoque précédemment est acte et comme le dit Sandra,

pour le coup, comme l’illustre la photo du post,

acte d’Amour me concernant, dans la lignée,

pour ma part et présentement d’un Romantisme certain…,

d’un romantisme Bovarien, comme le disent les lettrés…,

je ne suis pas un lettré, j’écris d’instinct, comme le dit S…..,

j’écris d’intuition…..,

j’allais dire, je pourrais vous transmettre de ces lettres, oui,

il en existe tant que j’ai postées,

de ci de là,

sur mes nombreux blogs,

il en existe si ce n’est autant, davantage encore,

manuscrites, postées à leurs destinataires,

que vous ne verrez jamais,

qui ne seront que jamais et seulement lues,

que par leurs seules (oui, Féminines) destinataires,

des Lettres d’Amour, non numérisées,

sans figures de style,

des lettres à la Madame Antoinette de Désoulhières,

des lettres à la Choderlos de Laclos,

des Lettres à la Flaubert et/ou au Marquis de Sade,

(sans prétention ni comparaison, hein! soyons clair!!!)

oui, des Lettres sans forcément faire l’objet de process d’écritures….,

et vous le savez,bien, Ma-Dame,

pour avoir été destinataire et actrice de certains brefs (trop) échanges épistolaires…..

Ensuite, oui, on peut bien écrire, pour se faire plaisir,

écrire pour dire, écrire pour être lu-e, pas d’autres, par plusieurs,

et là, oui, il y a des techniques,

sans doute et forcément, on le sait bien,

on le dit, on le voit dans les rayons, des magasins…,

et là encore, pas vraiment sûr qu’il s’agisse,

dans ces rayons au kilomètre, d’actes d’Amour bien intéressants…
J’ai des lettres, récentes, d’Amour, des actes, oui,

écrites et adressées, personnellement,

non encore publiées sur mes sites à ce jour, et encore secrètes,

que j’ai à votre disposition, pour que vous voyez, de quoi il s’agit,

Ensuite, les autres, manuscrites, sont expédiées, envoyées, transmises,

par voie postale, et ne sont, ne seront jamais scannées, numérisées…..,

et resteront donc, le secret de l’alcôve, de l’acte d’Amour….

A Vous lire,

Bien tendrement, poétiquement,

Henri

P.S.: Bonjour , Chère A-Mie, De Coeur et d’Écrits (-E-Cris….?) et d’Envolées, aussi, en Poétique, en Amour, en Actes, en Libertés et par choix, pour Les-Cent-Ciels……, je désire et souhaite, c’est autant cérébral que charnel, virtuellement s’entend, vous retrouver, oui, pour ces Souffles Intérieurs, ces Grands Vents du Large, de l’Amour et de la Vie……. Nos mots nous permettent et nous ont permis, d’Entrer et d’Être en Relation,

de la manière la plus intime et la plus subtile qui soit…., on m’a encore récemment parlé de nos échanges publics, épistolaires, en Commentaires…, via nos posts respectifs……, on m’ai ainsi, demandé de vos/nos nouvelles….., Étonnant, non….?

Je dois vous dire mon Plaisir, Sensuel, intellectuel,

à vous retrouver

en Amour……

Les Vôtres,

ces écrits, vos mots, en effervescences,

m’inspirent,

Ils sont Ingrédients, de l’Alchimie,

la Notre Particule-I-Ère,Originale, Unique,

Ces flux qui vont, oui, en échos,

en résonances,

et pas seulement en banales et ordinaires Lettres,

Que l’on dit Mots Agencées dans des ordres définis,

et Conventionnels, pour être compris de tous, du plus grand nombre…….

Je vous Re-Connais, parmi la Multitude,

Comme Celle,

qui me guide

à Dire,

à écrire……

à exprimer….

Là encore,

tout récemment,

vous évoquez l’Amour……

Baignons-nous,

nus,

si vous le voulez bien…..

Pour Vivre, Exister, et Être…….

Au Monde…..

Ensemble,

Ré-Unis……

de nos Faims, de Libertés…..

et d’Expressions….

d’Amour…..

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Les Photos du Samedi – Les Images du Dimanche des Rameaux 2019

 

Ma Chérie, Je viens d’allumer la Bougie pour te rejoindre par l’écriture alors que tu dors encore…Tu as donc réalisé ces photos avant de trouver le Sommeil, et comme à l’accoutumée bien souvent pour les vidéos, là, tu t’es préparée et positionnée dans l’axe vertical de la géométrie et face à Elle. Tu as dons eu cette envie et cette idée d’offrir les rosés de ta Peau et de ton Être de tes plus merveilleuses Dimensions callipyges, de ta chair en offrande et en préparation vers la Pâques et la Pleine Lune…Ce soir en ta présence j’ai joui et j’ai jailli du conte que tu m’as restitué de ton après-midi de Femme, Femme qui a rendu visite au Sage des enfants et Femme qui est allé ensuite dans la Nature avec sa Petite…. Femme qui a composé le Bouquet du Printemps…, Quel Joli Conte! Ces photos, tu as vu, j’ai commencé à en travailler quelques-unes….

Hier en jouissant et pendant que tu contais le moment avec le Sage des Enfants, je t’ai délicieusement envisagée être honorée en Femme-Fleur et également envisagé te voir honorer le Sage de ton Féminin par ton Désir amoureux de lui. Aussi, j’ai eu ce Regard sur les photos de cette présentation en Prêtresse dont tu m’honores encore en ta Couche, sur ta Couche et dans cette Immense et Fantastique découverte de toi-même chaque jour davantage…

Les images sont délicieusement nimbées d’un halo de flou du plus merveilleux effet, accentuant le rosé de ta Peau et de ta chair. Halo de flou certainement lié à l’objectif endommagé de ton appareil! Ces photos me rappellent chacune de tes préparations, de nos préparations aux approches de nos retrouvailles (J-3 – J +58!). Tu es Divine, encore une fois en Prêtresse exhibée Nue, en Vénus ouverte et déployée  en appuis sur tes jambes pliées, et ouvertes, Fesses offertes autant qu’ouvertes, Belles cuisses Rondes et Pleines de Vie, Pleine de Force aussi, c’est visible, et contribue oui, à donner cette vision de rayonnement de ton Être et de ta personnalité épanouie, réalisée. D’autant que tu m’as fait part hier soir de ta prise de conscience de cette libération profonde…

Tes Seins sont majestueux, et apparaissent curieusement comme juvéniles sur la moitié des photos, ce sont celles où en extension tu es rejetée en arrière… Dans l’ensemble des photos et pour chacune d’entre elles, tu apparais réellement comme asexuée…. Et pourtant au traitement de colorisation des images, pour chacune d’entre elles, il semble y avoir un Feu entre tes jambes, un Feu au carrefour géométrique de la rencontre des deux triangles formés l’un par ton pubis et l’autre par tes cuisses ouvertes posées sur la Couche,

Ce Feu apparaît carrément Rougeoyant sur certaines Images, alors que sur d’autres, il est Solaire avec même carrément une sorte de disque qui glisserait entre tes lèvres, hors de ton sexe…. Tu as sublimé le geste masturbatoire en t’offrant dans l’axe Triangulaire de l’architecture de la Grotte Ciel, Celle qui donne l’accès réservé aux Amants pour rejoindre ta Couche, La Porte de ton Antre Sacré, Ô Chérie, Quel cadeau de te retrouver mercredi!!!

Et voilà que ce matin un Trésor Nouveau me parvient.. Sous la forme d’une Double-Triple Séquence agrémentées de Mots des plus Délits-Cieux !

Un Groupe tout d’abord de Trois images répartis dans le fil des textos….Les trois images comme celles de la veille, dans l’exact alignement de la Géométrie,  La première image te montre à quatre pattes sur le lit placée de trois-quart profil montre et offre ta fesse gauche, ta hanche et le haut de la cuisse toute blanche rosée, Ton bras gauche est dans l’axe de ton cors ta main vient entre tes fesses pour activer la présence d’un objet qui te pénètre, Tu es très cambrée. Cet objet est pourvu d’une sorte d’épine douce qui vient à chaque mouvement exciter ton anus et c’est de ta main ouverte largement et juste du bout d’un doigt que l’on peut voir que tu animes le mouvement de va et vient de l’objet en toi, la longueur  te pénétrant et l’épine entrant juste pour ressortir de ton délicat œillet anal….En arrière-plan une des grands-voiles de ton Vaisseau Couche qui dessine comme un trait virginal, captant la Lumière du matin par la fenêtre ouvrant sur l’Est face à ce beau bâtiment que l’on sait, et que bien sûr l’on ne voit pas sur la photo.

La deuxième photo du Groupe d’images te voit toujours dans la même situation, mais tu t’es déplacée sur la couche, à quatre pattes mains droite face à la géométrie… Là et on peut donc te voir pénétrée par le même objet et toujours ta main positionnée sinon que l’on te voit toute entière fesses offertes un oreiller verticalement redressé et que l’on devine parfaitement  en monture pour des frottements en mouvements d’avant en arrière ondulant sur cette monture improvisée….. Le doigt qui donne vie à l’objet est l’index et on devine que l’objet va haut, loin et profond de par des mouvements qui font tes chemins vers les orgasmes…

La Troisième photo accentue vraiment l’offrande et sa Nature rayonnante Divine et Sacrée. En effet toujours  pénétrée de l’objet maintenu logée profondément en toi, tu t’es plus largement ouverte à la photo, très ouverte, écartée. L’impression que tu es largement ouverte écartée et offerte vient du fait que tes fesses rondes sont Lumineuses, brillantes…Tu sembles effectivement extrêmement excitée, comme tu l’as écrit dans le texto que tu m’as adressé précisément à ce moment-là…, et tu t’offres là, ainsi Animale comme tu aimes à Être quand le Désir t’emporte et que tu te montres, et que tu invites, tant le Regard que les Mains, tant l’attention de tes Hommes pour Toi et ton Bassin de Vénus, que les doigts et la Bouche que nos langues en Désirs de toi, que nos membres érigés et gorgés….

De ces trois photos, si délicieusement enchaînées pour me montrer cette Fête et cet Honneur Féminin rendu à la Ronde des Amants, pour mon exclusif Regard, je suis saisi, comme à l’accoutumée par une émotion qui me serre la gorge, Jamais ! Jamais ! Je ne peux regarder ces « objets » Sacrés sans un temps de latence, tellement je sais que l’onde de choc va agir en moi de manière puissamment émotionnelle… Et les vidéos suivront….

(À suivre…)

 

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Lettre « Du Chevalier Danceny à Cécile Volanges »…..

Lettre LXXX

Du Chevalier Danceny à Cécile Volanges

Cécile, ma chère Cécile, quand viendra donc le temps de nous revoir ? qui m’apprendra à vivre loin de vous ? qui m’en donnera la force & le courage ? Jamais, non jamais, je ne pourrai supporter cette fatale absence. Chaque jour ajoute à mon malheur : & n’y point voir de terme ! Valmont, qui m’avait promis des secours, des consolations, Valmont me néglige, & peut-être m’oublie. Il est auprès de ce qu’il aime ; il ne sait plus ce qu’on souffre quand on est éloigné. En me faisant passer votre dernière lettre, il ne m’a point écrit. C’est lui pourtant qui doit m’apprendre quand je pourrai vous voir, & par quel moyen. N’a-t-il donc rien à me dire ? Vous-même, vous ne m’en parlez pas ; serait-ce que vous n’en partagez plus le désir ? Ah ! Cécile, Cécile, je suis bien malheureux. Je vous aime plus que jamais : mais cet amour qui faisait le charme de ma vie, en devient le tourment.

Blog5

Non, je ne peux plus vivre ainsi, il faut que je vous voie, il le faut, ne fût-ce qu’un moment. Quand je me lève, je me dis : « Je ne la verrai pas. » Je me couche en disant : « Je ne l’ai point vue. » Les journées, si longues, n’ont pas un moment pour le bonheur. Tout est privation, tout est regret, tout est désespoir ; & tous ces maux me viennent d’où j’attendais tous mes plaisirs ! ajoutez à ces peines mortelles mon inquiétude sur les vôtres, & vous aurez une idée de ma situation. Je pense à vous sans cesse, & n’y pense jamais sans trouble. Si je vous vois affligée, malheureuse, je souffre de tous vos chagrins ; si je vous vois tranquille & consolée, ce sont les miens qui redoublent. Partout je trouve le malheur.

Blog 4

Ah ! qu’il n’en était pas ainsi, quand vous habitiez les mêmes lieux que moi ! Tout alors était plaisir. La certitude de vous voir embellissait même les moments de l’absence ; le temps qu’il fallait passer loin de vous m’approchait de vous en s’écoulant. L’emploi que j’en faisais ne vous était jamais étranger. Si je remplissais des devoirs, ils me rendaient plus digne de vous ; si je cultivais quelques talents, j’espérais vous plaire davantage. Lors même que les distractions du monde m’emportaient loin de vous, je n’en étais point séparé. Au spectacle, je cherchais à deviner ce qui vous aurait plu ; un concert me rappelait vos talents & nos si douces occupations. Dans le cercle, comme aux promenades, je saisissais la plus légère ressemblance. Je vous comparais à tout ; partout vous aviez l’avantage. Chaque moment du jour était marqué par un hommage nouveau, chaque soir j’en apportais le tribut à vos pieds.

Blog 3

À présent, que me reste-t-il ? des regrets douloureux, des privations éternelles, & un léger espoir que le silence de Valmont diminue & que le vôtre change en inquiétude. Dix lieues seulement nous séparent, & cet espace, si facile à franchir, devient pour moi seul un obstacle insurmontable ! & quand, pour m’aider à le vaincre, j’implore mon ami, ma maîtresse, tous deux restent froids & tranquilles ! Loin de me secourir, ils ne me répondent même pas.

Blog 2

Qu’est donc devenue l’amitié active de Valmont ? que sont devenus surtout, vos sentiments si tendres &, qui vous rendaient si ingénieuse pour trouver les moyens de nous voir tous les jours ? Quelquefois, je m’en souviens, sans cesser d’en avoir le désir, je me trouvais forcé de le sacrifier à des considérations, à des devoirs ; que ne me disiez-vous pas alors ? par combien de prétextes ne combattiez-vous pas mes raisons ? Et qu’il vous en souvienne, ma Cécile, toujours mes raisons cédaient à vos désirs. Je ne m’en fais point un mérite ; je n’avais pas même celui du sacrifice. Ce que vous désiriez d’obtenir, je brûlais de l’accorder. Mais enfin je demande à mon tour ; & quelle est donc ma demande ? de vous voir un moment, de vous renouveller & de recevoir le serment d’un amour éternel. N’est-ce donc plus votre bonheur comme le mien ? Je repousse cette idée désespérante, qui mettrait le comble à mes maux. Vous m’aimez, vous m’aimerez toujours ; je le crois, j’en suis sûr, je ne veux jamais en douter ; mais ma situation est affreuse, & je ne puis la soutenir plus longtemps. Adieu, Cécile.

De Paris, ce 18 septembre 17…

Blog 1

 

Pierre Choderlos de Laclos, Lettre LXXX, Les Liaisons Dangereuses, 1869 (volume 1, pp. 249-252).

©Illustrations, Source:Internet, auteurs: inconnus, sauf mentions indiquées® Dédicace à @ de Mewe pour l’illustration de titre

HasardAiles
Chemins Secrets, Devenus Jardins, en Expansions…, Uni-Vers…
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(…)

Je vais te rejoindre en d’aquatiques substances essentielles…. Et profondément primitives… Originelles… Origine-Ailes… Envols de Mon Être, de Tout Mon Être en Toi, Pour Te Prendre… oui, Donne-Toi… Cette longueur viendra encore dans la Paix du Nid, plusieurs fois, Pour ne Pré-Parer à l’offrande Mutuelle et Fusionnelle de Nos Deux Corps en Attentes d’Embrasements… Je t’Aime…Fluidité de Notre Amour, transformé en bien-être profonds… Enveloppé de Ta Toute puissante Féminité Maternelle… je me sens guidé à Toi, comme par une attraction Charnelle… Source vers Son Océan… Et promenades langoureuses en Nos Territoires… Il est si doux, toujours, de venir vers Toi, de venir à Toi, comme à la Source,

(…)

https://1drv.ms/u/s!AqBFkMs3jU2yj4MJq2tC7aqYa5yPkQ

La Source

Elle naît tout en bas d’un lieu géométrique

A la sentir couler je me crois à la mer

Parmi les poissons fous c’est comme une musique

C’est le printemps et c’est l’automne et c’est l’hiver

 

 L’été ses fleurs mouillées au rythme de l’extase

Dans des bras de folie accrochent les amants

On dirait que l’amour n’a plus besoin de phrases

On dirait que les lèvres n’ont plus besoin d’enfants

 Elles coulent les sources en robe ou en guenilles

Celles qui sont fermées celles qu’on n’ouvre plus

Sous des linges qu’on dit marqués du sceau des filles

Et ces marques ça me fait croire qu’il a plu

 Qui que tu sois toi que je vois de ma voix triste

Microsillonne-toi et je n’en saurai rien

Coule dans ton phono ma voix de l’improviste

Ma musique te prend les reins alors tu viens

 

 Ta dune je la vois je la sens qui m’ensable

Avec ce va-et-vient de ta mer qui s’en va

Qui s’en va et revient mieux que l’imaginable

Ta source tu le sais ne s’imagine pas

  

Et tu fais de ma bouche un complice estuaire

Et tes baisers mouillés dérivant de ton cygne

Ne se retourneront jamais pour voir la terre

Ta source s’est perdue au fond de ma poitrine

  LEO FERRE

https://1drv.ms/u/s!AqBFkMs3jU2yj4ML_YUoFv8sgyDPKQ

(…)

Il est si doux, toujours, de venir vers Toi, de venir à Toi, comme à la Source, comme au soleil, ou comme faire ou Feu, comme un arbre fruitier. Ou pour danser. oui, prendre envol… J’ai beaucoup pensé à cette Fleur en la regardant comme j’aime tant à le faire, En Toi, mon corps tout entier offert à Tes Espaces, à Tes Lumières, à tes Dimensions, à Tes Immensités… J’ai beaucoup pensé, cette nuit, aux chaînes, à leurs poids, à leurs attaches douces, à leurs dessins possibles, à leurs parcours, à leurs sensations, sur Ton Beau Corps plein d’Amour, sur tes seins, sur tes bouts de seins, sur ton pubis, sur tes lèvres, Mon Trésor… je vais très bien et vais doucement m’occuper de la valise…Et de ce chemin Unique et Extraordinaire Vers Toi…

(…)

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Stig Dagerman, Vie, Lutte, Actes

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952)
Stig DAGERMAN (1923-1954)
Traduit du suédois par Philippe Bouquet

Stig DagermanJe suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.


En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?


Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.


Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !


Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.


Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.


Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !


Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !


Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !


Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !


Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !


Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.


Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.


Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.


Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?


Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.


Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.


Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.


Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.


Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.


Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?


Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.


Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.

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