Ta Source, Léo Ferré

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Elle naît tout en bas d’un lieu géométrique

A la sentir couler je me crois à la mer

Parmi les poissons fous c’est comme une musique

C’est le printemps et c’est l’automne et c’est l’hiver

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 L’été ses fleurs mouillées au rythme de l’extase

Dans des bras de folie accrochent les amants

On dirait que l’amour n’a plus besoin de phrases

On dirait que les lèvres n’ont plus besoin d’enfants

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 Elles coulent les sources en robe ou en guenilles

Celles qui sont fermées celles qu’on n’ouvre plus

Sous des linges qu’on dit marqués du sceau des filles

Et ces marques ça me fait croire qu’il a plu

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 Qui que tu sois toi que je vois de ma voix triste

Microsillonne-toi et je n’en saurai rien

Coule dans ton phono ma voix de l’improviste

Ma musique te prend les reins alors tu viens

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 Ta dune je la vois je la sens qui m’ensable

Avec ce va-et-vient de ta mer qui s’en va

Qui s’en va et revient mieux que l’imaginable

Ta source tu le sais ne s’imagine pas

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Et tu fais de ma bouche un complice estuaire

Et tes baisers mouillés dérivant de ton cygne

Ne se retourneront jamais pour voir la terre

Ta source s’est perdue au fond de ma poitrine

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LEO FERRE

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Si tu savais, Robert Desnos

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Si tu savais

Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires
de la mythologie poétique,
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais.
Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’ignorer encore.
Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou ce qui revient au même,
que j’en doute.
Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés.
Loin de moi parce que tu es cruelle.
Si tu savais.
Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière
au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir
dans les champignonnières.
Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore
comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, l’instant où la mer silencieuse et bruyante
se replie sur les oreillers blancs.
Si tu savais.
Loin de moi, ô mon présent présent tourment, loin de moi au bruit magnifique
des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule,
au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.
Si tu savais.
Loin de moi, volontaire et matériel mirage.
Loin de moi c’est une île qui se détourne au passage des navires.
Loin de moi un calme troupeau de bœufs se trompe de chemin,
s’arrête obstinément au bord d’un profond précipice, loin de moi, ô cruelle.
Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète.
Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre,
il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi,
tu es loin de moi.
Si tu savais.
Loin de moi une maison achève d’être construite.
Un maçon en blouse blanche au sommet de l’échafaudage chante une petite chanson très triste
Et, soudain, dans le récipient empli de mortier apparaît le futur de la maison :
les baisers des amants et les suicides à deux et la nudité dans les chambres
des belles inconnues et leurs rêves même à minuit, et les secrets voluptueux
surpris par les lames de parquet.
Loin de moi,
Si tu savais.
Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux,
comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.
Comme je suis joyeux à en mourir.
Si tu savais comme le monde m’est soumis.
Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
Ô toi, loin-de-moi, à qui je suis soumis.
Si tu savais.

Robert DESNOS

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Ô Mon Éternelle Reine,

Mon Infinie Amour,

Ma Belle,

Ce texte…..

m’a comme coupé le Souffle alors que tu venais de me redonner Vie…..

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J’ai tant rêvé de toi, Robert Desnos

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
et de baiser sur cette bouche la naissance
de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
et me gouverne depuis des jours et des années
je deviendrais une ombre sans doute,
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie
et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi,
je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois
que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement
sur le cadran solaire de ta vie.

Robert DESNOS

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Et puis cet Autre Texte,

Toujours du même auteur

Un Poète,

Un Artiste en Luttes

Initiateur du Mouvement Artistique Fondateur de l’Art

Et des Multiples Expressions Artistiques

Et Courants de Pensées tels que Nous les Co-Naissons aujourd’hui

Sans que quiconque n’en n’ait conscience!!!

Ce Texte qui évoque le Rêve, L’Ombre et la Lumière

Ces Textes sont ceux du Livre Vivant de Notre Chair et de Notre Sang…

Ce Livre que nous écrivons au Présent, et Ensemble

Depuis et Vers La Nuit des Temps….

 

 

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Mardi J-16, Mon-Sieur est Enfin dans la Place!

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Bonjour et meilleurs Vœux à ta journée, elle est de mon point de vue placée sous les meilleurs auspices au vu d’un Songe nocturne très très beau…. Me voilà bien réveillé, tu peux téléphoner si tu peux et quand tu veux….

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Je t’aime immensément et tu auras le Conte de Mon Songe par écrit….. Je t’aime infiniment Ô Ma Kanelle de Toujours…..

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Et Éternellement…;)

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Que c’est bon de penser à Toi en Princesse désirée par un si Tendre Chevalier en Chemin actuellement vers ton Ventre palpitant et vibrant, ton anus contracté et tes seins ronds et chauds et si Doux à pénétrer et caresser…

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Je me suis caressé ce matin, de ton excitation et de ton Désir et de ces émotions annoncées et à present à Vivre… Je reçois cela de Toi, Mon Coeur…., tel que tu le ressens

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… Tu prendras son visage dans tes mains pour le porter maternellement à tes seins… Et faire qu’il se masturbe de Toi, sa bouche à ta poitrine de Femme….et l’honorer de ton Offrande amoureuse en ton Nid…..

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Je le Désire dur et Fier en Toi et de son Énergie Amoureuse que tu es l’Unique à Cueillir ainsi dans sa vie d’Homme…. Tu nous apporteras cela en cadeau pour Notre Éternité d’amants Réunis et nous rayonnerons….

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J’ai tes culottes, leurs Mille Parfums de Ton Être… Peut-être pourras tu m’offrir cette Culotte du Jour…

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Emplie de tes humeurs Sacrées de Notre Éternité et de ta Féminité Pour cet Éternel Amour qui traverse les Temps et les âges… Veux tu?

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Je te désire Reine comme tu l’étais ce soir là et c’est ainsi que tu étais dans le Songe, mais Chut, il va arriver, l’heure est proche à présent

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Je viens de voir les photos, tu es rayonnante, c’est Magnifique… Gorge toi de cette Lumière de l’Amour Eternel et Maternel, Féminin Sacré vers notre Union Prochaine et Cosmique….

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Prépare toi à être pénétrée et fouillée de ses doigts et de sa main… Prépare toi à son sexe vibrant, à sa bouche et à sa langue, prepare tes mots et ton langage amoureux…

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Et à le prendre en ta bouche chaude, de ta langue à ses aines…

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Et tes bracelets qui chantent, Rhâââââââââââââââââ

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Mon Coeur Bat pour Toi, de Nous Trois….

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Kaos!

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Mélodie

Comme un couteau dans un fruit
Amène un glissant ravage,
La mélodie au doux bruit
Fend le coeur et le partage
Et tendrement le détruit.
— Et la langueur irisée
Des arpèges, des accords,
Descend, tranchante et rusée,
Dans la faiblesse du corps
Et dans l’âme divisée…

2017-12-17

Anna de Noailles, Les Forces éternelles, 1920

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Soleil et chair

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Soleil et chair

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l’amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d’amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu’il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !

Et tout croît, et tout monte !

– Ô Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l’antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux
Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante,
La terre berçant l’homme, et tout l’Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu’on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d’airain, les splendides cités ;
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.

– Parce qu’il était fort, l’Homme était chaste et doux.

Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l’Homme est Roi,
L’Homme est Dieu ! Mais l’Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l’homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S’il n’avait pas laissé l’immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l’immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l’écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l’amour dans les coeurs !

II

Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! – Oh ! la route est amère
Depuis que l’autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c’est en toi que je crois !
– Oui, l’Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu’il n’est plus chaste,
Parce qu’il a sali son fier buste de dieu,
Et qu’il a rabougri, comme une idole au feu,
Son cors Olympien aux servitudes sales !
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté !
– Et l’Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l’Homme pût éclairer sa pauvre âme
Et monter lentement, dans un immense amour,
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être courtisane !
– C’est une bonne farce ! et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !

III

Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !
– Car l’Homme a fini ! l’Homme a joué tous les rôles !
Au grand jour, fatigué de briser des idoles,
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !
L’Idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front !
Et quand tu le verras sonder tout l’horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !
– Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L’Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d’un immense baiser !

– Le Monde a soif d’amour : tu viendras l’apaiser.

Ô ! L’Homme a relevé sa tête libre et fière !
Et le rayon soudain de la beauté première
Fait palpiter le dieu dans l’autel de la chair !
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,
L’Homme veut tout sonder, – et savoir ! La Pensée,
La cavale longtemps, si longtemps oppressée
S’élance de son front ! Elle saura Pourquoi !…
Qu’elle bondisse libre, et l’Homme aura la Foi !
– Pourquoi l’azur muet et l’espace insondable ?
Pourquoi les astres d’or fourmillant comme un sable ?
Si l’on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l’horreur de l’espace ?
Et tous ces mondes-là, que l’éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d’une éternelle voix ?
– Et l’Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu’un rêve ?
Si l’homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D’où vient-il ? Sombre-t-il dans l’Océan profond
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond
De l’immense Creuset d’où la Mère-Nature
Le ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?…

Nous ne pouvons savoir ! – Nous sommes accablés
D’un manteau d’ignorance et d’étroites chimères !
Singes d’hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l’infini !
Nous voulons regarder : – le Doute nous punit !
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile…
– Et l’horizon s’enfuit d’une fuite éternelle !…

Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts
Devant l’Homme, debout, qui croise ses bras forts
Dans l’immense splendeur de la riche nature !
Il chante… et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !…
– C’est la Rédemption ! c’est l’amour ! c’est l’amour !…

IV

Ô splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !
Ô renouveau d’amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
– Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,
Ô douce vierge enfant qu’une nuit a brisée,
Tais-toi ! Sur son char d’or brodé de noirs raisins,
Lysios, promené dans les champs Phrygiens
Par les tigres lascifs et les panthères rousses,
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.
– Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d’Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur,
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d’or fleurit sa chevelure.
– Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
– Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l’or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
– Héraclès, le Dompteur, qui, comme d’une gloire,
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S’avance, front terrible et doux, à l’horizon !

Par la lune d’été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s’étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux…
– La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon…
– La Source pleure au loin dans une longue extase…
C’est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
– Une brise d’amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
– Les Dieux écoutent l’Homme et le Monde infini !

29 avril 1870

Arthur RIMBAUD   (1854-1891)

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J’aime le souvenir de ces époques nues

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 J’aime le souvenir de ces époques nues, 
Dont
 Phoebus se plaisait à dorer les statues
Alors
 l’homme et la femme en leur agilité 
Jouissaient
 sans mensonge et sans anxiété
Et
, le ciel amoureux leur caressant l’échine
Exerçaient
 la santé de leur noble machine
Cybèle
 alorsfertile en produits généreux
Ne
 trouvait point ses fils un poids trop onéreux
Mais
louve au cœur gonflé de tendresses communes
Abreuvait
 l’univers à ses tétines brunes
L
hommeélégantrobuste et fort, avait le droit 
D
‘être fier des beautés qui le nommaient leur roi ; 
Fruits
 purs de tout outrage et vierges de gerçures
Dont
 la chair lisse et ferme appelait les morsures ! 


Le
 poète aujourd‘hui, quand il veut concevoir 
Ces
 natives grandeurs, aux lieux où se font voir 
La
 nudité de l’homme et celle de la femme
Sent
 un froid ténébreux envelopper son âme 
Devant
 ce noir tableau plein d’épouvantement
Ô
 monstruosités pleurant leur vêtement ! 
Ô
 ridicules troncs ! Torses dignes des masques ! 
Ô
 pauvres corps tordusmaigresventrus ou flasques
Que
 le dieu de l’utileimplacable et serein
Enfants
emmaillota dans ses langes d’airain ! 
Et
 vous, femmeshélas ! Pâles comme des cierges
Que
 ronge et que nourrit la débauche, et vous, vierges
Du
 vice maternel traînant l’hérédité 
Et
 toutes les hideurs de la fécondité ! 


Nous
 avons, il est vrai, nations corrompues
Aux
 peuples anciens des beautés inconnues : 
Des
 visages rongés par les chancres du cœur, 
Et
 comme qui dirait des beautés de langueur ; 
Mais
 ces inventions de nos muses tardives 
N
empêcheront jamais les races maladives 
De
 rendre à la jeunesse un hommage profond
 À la sainte jeunesse, à l’air simple, au doux front
À
 œil limpide et clair ainsi qu’une eau courante
Et
 qui va répandant sur tout, insouciante 
Comme
 l’azur du ciel, les oiseaux et les fleurs
Ses
 parfums, ses chansons et ses douces chaleurs ! 

 Charles Baudelaire

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